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[Critique] La porte du Paradis de Michael Cimino (1980)

25 février 2013

La Porte du Paradis, nouvelle affiche.

A l ‘occasion de la reprise en salles le 27 février 2013 (en version intégrale et restaurée inédite) du film mythique « La porte du Paradis », Florian Thébaut a assisté à une projection en avant-première et à une rencontre avec Isabelle  Huppert et Michael Cimino. Il nous livre son avis sur cette fresque historique s’inspirant de la bataille de Johnson County.

Synopsis :

En 1870, une nouvelle promotion de Harvard célèbre avec faste et panache la promesse d’un avenir radieux. Vingt ans plus tard dans le Wyoming, les chemins de deux de ses meneurs se croisent à nouveau. Désormais shérif du comté de Johnson, James Averill voit son autorité contestée par l’association des éleveurs de bétail, dont fait partie son ancien ami Billy, devenu un homme cynique et lâche. L’association stigmatise les immigrants européens venus en nombre s’installer sur ces terres vierges. Appuyés en secret par le gouvernement fédéral, les éleveurs ont établi une liste noire d’immigrants à abattre pour l’exemple. Esseulé, le shérif Averill se dresse contre ce massacre programmé, mettant en danger sa propre vie ainsi que celle de la femme qu’il aime, une prostituée étrangère nommée Ella…

Un “chef d’oeuvre maudit” enfin présenté dans sa version définitive

Plus gros flop de l’histoire du cinéma américain lors de sa sortie en 1981 et responsable de la faillite de la United Artists, il aura fallu attendre trente-deux ans pour que “La porte du Paradis” voie enfin le jour dans une version définitive de 216 minutes, restaurée et remasterisée. Réalisé deux ans après “Voyage au bout de l’enfer”, le film de Cimino s’avère être un véritable anti-western, dépeignant une Amérique atroce et barbare. S’inspirant de la bataille de Johnson County, rarement le mythe de l’Ouest n’aura autant souffert que dans ce film. Doté d’une mise en scène grandiloquente et d’une esthétique ambitieuse, force est d’avouer que le film de Cimino avait, sur le papier, tout pour m’enthousiasmer. A tel point que je n’avais jamais osé regarder ma copie de la version tronquée du film sortie à l’époque.

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Alors, après des années de documentation et 3:39 de pellicule en compagnie du réalisateur, que reste-t-il de ce film légendaire ? A ma grande déception, bien peu de choses. Quelques très belles images car il serait malhonnête de nier les réelles qualités formelles du film de Cimino. Les séquences du bal de promotion de Yale, la fête organisée par les immigrants ou encore la bataille finale sont particulièrement réussies et n’ont rien à envier aux autres grandes fresques historiques du cinéma américain.

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Les acteurs ne sont pas en reste : Isabelle Huppert est probablement la plus convaincante dans son rôle de prostituée indépendante, folâtre et désinvolte. La prestation de John Hurt ne laisse pas non plus indifférent ; étudiant suscitant l’admiration de ses pairs au début du film, ce dernier sera vite dépassé par la violence de sa classe jusqu’à en devenir pathétique. Son personnage est d’ailleurs à l’image du film : empreint de désillusion. Comme le spectateur.

“Rarement montagne d’argent aura accouché d’une aussi malingre souris.”

Car malgré d’indéniables qualités, « Heaven’s Gate » déçoit et se révèle être un film singulièrement lent et froid. Pire encore, le quasi-génocide en préparation ne bouleverse pas outre mesure, la faute à un trop maigre développement des personnages. Même la mort du personnage d’Isabelle Huppert s’avère largement supportable : un comble après plus de trois heures de film. Le trio James/Nate/Ella aurait sans doute pu être traité de manière plus poignante, le dilemme d’Ella constituant pourtant une thématique intéressante.

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que Cimino n’abuse pas du pathos. Un cruel manque d’intensité dramatique donc mais aussi de réelles carences dans la valeur narrative. Difficile de ne pas songer à  » Voyage au bout de l’enfer » où l’on suivait avec passion l’engagement de trois ouvriers dans la guerre du Viêt Nam, le tout reposant sur une construction narrative irréprochable. Le scénario pêche lui aussi par sa trop grande simplicité car une fois la liste des 125 immigrants à abattre annoncée, le film retombe dans une mollesse presque désarmante. A tel point que le premier meurtre intervient une heure et demie après cet épisode. Ainsi, lorsque la bataille finale pointe le bout de son nez dans la dernière demi-heure, on se retrouve avec une seule idée en tête : qu’on en finisse ! Trop contemplatif, on observe ce bel objet cinématographique sans qu’il ne nous laisse franchir ses portes. Alors certes, le film est beau, le film est ambitieux mais dieu que le film est vide. Nul doute qu’il fasse partie de mes plus grandes frustrations de cinéphile.

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En sortant de la salle obscure, je n’ai pu m’empêcher de repenser à une citation d’Olivier Eyquem de la revue Positif, à la sortie du film : « Rarement montagne d’argent aura accouché d’une aussi malingre souris, rarement script de série B aura été traité avec tant de solennelle componction, rarement cinéaste se sera fourvoyé aussi irrémédiablement dans tous les domaines relevant de sa responsabilité ». Tout est dit. Hélas !

Florian Thébaut

LA PORTE DU PARADIS
(HEAVEN’S GATE)

Un film de Michael CIMINO | Western | États-Unis | 1980 | 216mn | Couleurs

Reprise en salles le 27 février 2013 (en version intégrale et restaurée inédite) par Carlotta Films.

Réalisation : Michael CIMINO

Scénario : Michael CIMINO

Avec : Kris KRISTOFFERSON, Christopher WALKEN, John HURT, Sam WATERSTON, Brad DOURIF, Isabelle HUPPERT, Joseph COTTEN, Jeff BRIDGES

Musique : David MANSFIELD

Directeur de la photographie : Vilmos ZSIGMOND, ASC

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