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[Critique] Anna Karénine de Joe Wright avec Keira Knightley et Jude Law

4 décembre 2012

Affiche Anna Karénine © Universal Pictures International France

© Universal Pictures International France

L’adaptation littéraire est à la mode cette année. Même que certains réalisateurs semblent en faire leur gagne-pain! Parmi ces cinéastes spécialisés en adaptation littéraire, citons le réalisateur britannique Joe Wright. Après avoir connu le succès avec  Orgueil et préjugés (Pride & Prejudice) et Reviens-moi (Atonement), Mr Wright jouait donc sur du velours en choisissant à nouveau d’adapter Anna Karénine, d’autant plus qu’il a confié le rôle principal à sa muse : Keira Knightley. Alors, a-t-il bien fait ou est-ce une adaptation sans saveur du chef d’oeuvre de Tolstoï ?

Anna Karénine

Anna Karénine (Keira Knightley)

alexei-vronsky

Vronski (Aaron Taylor-Johnson)

Karenine (Jude Law)

Karénine (Jude Law)

Critique

Une belle mise en images…

Un énième adaptation d’un chef d’œuvre de la littérature russe.
Tout d’abord, il convient de rappeler  qu’Anna Karénine  (en russe Анна Каренина) est un roman-fleuve de Léon Tolstoï paru en 1877. Le roman a d’abord été publié sous forme de feuilleton dans Le Courrier russe et a connu un succès immédiat… Chef d’oeuvre de la littérature russe, au même titre que Guerre et Paix, il a été adapté de nombreuses fois au cinéma.

Le scénariste, Tom  Stoppard, a donc  été obligé d’effectuer des coupes importantes dans le roman, s’il ne voulait pas faire un  film de six heures. Stoppard a choisi de se concentrer sur la romance entre Anna et Vronski, laissant de côté la critique du contexte politique de l’époque. Le résultat est un film de 2 heures 11, ce qui peut sembler un peu long par moments, surtout si vous n’arrivez pas à rentrer dans l’histoire.

La reconstitution est très belle, tout comme dans « Raisons et sentiments » ou « Reviens moi »: magnifiques costumes, belles coiffures et  merveilleux bijoux pour les dames… On sent aussi un vrai travail au niveau de la photographie et des couleurs. Cette splendeur visuelle culmine dans une scène de bal où un train à vapeur traverse la piste de danse. Hélas, toute cette beauté reste académique.

La seule originalité qui excitera les pupilles du  spectateur, la voici : Joe Wright a tourné une partie d’Anna Karénine sur une scène de théâtre, composée de différents décors.  A noter que les décors théâtraux nous montrent l’aristocratie russe, et que la réalité, notamment les scènes de campagnes russes, n’est pas filmée dans ces décors.
Cela déstabilisera d’ailleurs au début le spectateur non averti, surtout s’il ne connaît pas du tout l’histoire d’Anna Karénine (voir le synopsis en fin d’article et l’article dédié au roman sur Wikipédia). De même, au début, le jeu de certains acteurs pourra paraître légèrement outré.

… Avec peu d’émotions au final.

Ce qui est tout de même embêtant pour une histoire aussi romanesque ! On a d’abord du mal à croire à la folle passion entre Keira – Anna et Aaron-Vronsky. Les scènes d’amour laissent de marbre, alors qu’elles devraient représenter un amour fou, méprisant les conventions. Il y a une scène de baiser frôlant le ridicule, Anna léchant le bout de la moustache de Vronski.

L’interprétation de Keira Knightley ressemble à celle de « Raisons et sentiments ». Je n’ai pas aimé son interprétation du personnage, son côté « Jean qui rit et Jean qui pleure », et cet aspect hystérique qu’elle donne au personnage d’Anna Karénine. Dans « A dangerous method », cette hystérie était totalement justifiée mais ici, elle ne correspond pas à ma vision d’Anna Karénine. On sent trop que Wright veut à nouveau montrer Keira Knightley  comme une femme libre étouffée par les conventions (comme dans les précédents films tournés ensemble). Par conséquent, une impression de déjà-vu émane de sa « performance ».

Difficile de savoir si cela vient de sa coupe de cheveux (permanente et décoloration), ou de sa moustache, mais le jeune Aaron Taylor-Johnson m’a semblé plus mignon/minot que véritablement attirant ; je m’attendais à voir l’acteur paraître plus séducteur, plus sûr de lui…plus passionnant et moins décoloré ! Dans Savages, son personnage lui permettait de montrer plus de caractère.

En revanche, d’autres acteurs tirent leur épingle du jeu, et notamment les personnages censés être plus fades- à savoir Levine et Karénine. Constantin (Kostya) Levine incarne l’idéal de Tolstoï : grand propriétaire terrien, il refuse la vie à Moscou, croit en la fidélité et en l’amour sans compromis. C’est aussi le personnage qui nous montre le plus la Russie de l’époque : de par ses origines, il a connu la noblesse russe, mais son choix de vie lui fait côtoyer des paysans. De plus, son frère étant communiste vivant avec une ancienne prostituée, il a connaissance d’une certaine marge de la société. Domhnall Gleeson, découvert dans Harry Potter 7, et à découvrir dans le plus violent d’un terroriste de l’IRA dans Shadow Dancer,  incarne un Levine très subtil. Son histoire d’amour avec la belle Kitty arrive à être touchante sans tomber dans la mièvrerie.
Alicia Vikander (repérée dans A Royal Affair) interprète Kitty. L’actrice passe aisément du statut de princesse pourrie – gâtée à celui de femme aimante et généreuse; elle confirme qu’elle a d’autres cordes à son arc que ses fossettes et son royal port de tête. Cette histoire d’amour entre Levine et Kitty est le parfait contrepoint de l’histoire d’Anna Karénine. De même, Kelly Macdonald adopte le ton juste dans le rôle de Dolly Oblonski, la belle soeur admirative d’Anna. Dans le rôle de son mari infidèle, Stiva Oblonski,frère d’Anna Karénine, on retrouve Matthew MacFadyen, le Darcy  de l’adaptation d' »Orgueils et Préjugés » … de Joe Wright ! Amoureux de Keira dans « Orgueils et Préjugés », il incarne ici son frère. Il est aussi expansif et jouisseur dans le rôle de Stiva qu’il est sérieux et réservé dans celui de Darcy. Un acteur  à suivre, donc.

L’acteur le plus convaincant, celui qui  émeut le plus, c’est Jude Law (Karénine). L’acteur anglais est méconnaissable physiquement : chauve , porteur de lunettes, il paraît quinze ans de plus. Jude Law adopte un jeu tout en retenue qui fait ressortir la complexité de son personnage :  entre bonté et sécheresse, amour et ambition…

Spoiler : La scène où il pardonne à Anna et à son amant, et que le trio se donne la main est d’une grande puissance émotionnelle. C’est peut-être la plus belle et émouvante avec la scène finale…

Vous l’aurez compris, ce film est une belle illustration du roman de Tolstoï. C’est l’occasion d’admirer de beaux décors, des costumes magnifiques et d’écouter la musique soignée. On sent que le scénario souhaite nous montrer l’amour sous toutes ses formes, de la plus constructive et sereine à la plus destructrice – c’est d’ailleurs marqué sur l’affiche. Le film est cependant loin d’être audacieux et révolutionnaire. La seule modernité vient de son parti pris de montrer l’histoire comme une pièce de théâtre. Cette « Russian Affair » reste froide et finalement très classique, plus british que slave.  Où est la passion  ? Où est l’âme russe de cette œuvre ?

Synopsis

Russie, 1874, la belle et ardente Anna Karénine jouit de tout ce à quoi ses contemporains aspirent : mariée à Karénine, un haut fonctionnaire du gouvernement à qui elle a donné un fils, elle a atteint un éminent statut social à Saint-Pétersbourg. À la réception d’une lettre de son incorrigible séducteur de frère Oblonski, la suppliant de venir l’aider à sauver son mariage avec Dolly, elle se rend à Moscou. Au cours de son voyage, elle rencontre la comtesse Vronski que son fils, un charmant officier de la cavalerie, vient accueillir à la gare. Quelques brefs échanges suffisent pour éveiller en Anna et Vronski une attirance mutuelle. Oblonski reçoit également la visite de son meilleur ami Levine, un propriétaire terrien sensible et idéaliste. Épris de la sœur cadette de Dolly, Kitty, il la demande gauchement en mariage, mais Kitty n’a d’yeux que pour Vronski. Dévasté, Levine se retire à Pokrovskoïe et se consacre entièrement à la culture de ses terres. Mais le cœur de Kitty est lui aussi brisé quand elle prend conscience, lors d’un grand bal, de l’infatuation réciproque d’Anna et Vronski. Anna, désorientée, rentre à Saint-Pétersbourg, mais Vronski l’y suit. Elle s’évertue à reprendre sa calme vie de famille mais son obsession pour le jeune officier ne cesse de la tourmenter. Elle s’abandonne alors à une relation adultère qui scandalise toute l’aristocratie locale. Le statut et la respectabilité de Karénine sont mis en péril, le poussant à lancer un ultimatum à sa femme. Dans sa recherche éperdue de bonheur, Anna révèle au grand jour l’hypocrisie d’une société obsédée par le paraître. Incapable de renoncer à sa passion, elle fait le choix du cœur.

Fiche Film

Date de sortie

5 décembre 2012 (2h 11min)

(Via Allociné.)

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19 commentaires leave one →
  1. 5 décembre 2012 15:24

    Je pense que tu confonds « raisons et sentiments » (avec Emma Thompson et Kate Winslet) avec « Orgueil et préjugés » dans ta critique 😉

    Il me tarde de voir ce film pour me faire mon propre avis !

    • 5 décembre 2012 15:41

      Bonjour. Non, je pensais au film de Joe Wright avec Keira, Matthew et Rosamunde Pike… Je l’ai justement revu récemment pour comparer avec Anna Karénine.
      Il faut que je regarde à nouveau Raisons et sentiments d’Ang Lee (le film passait à la TV juste après Orgueils et préjugés, d’ailleurs). Les acteurs y sont tous excellents, et comme je vais bientôt écrire sur le nouveau film d’Ang Lee, c’est l’occasion ou jamais !

      Ps: Le film sort quand en Belgique ?

  2. le journal d' Elynor permalink
    5 décembre 2012 18:16

    Rien qu’à voir le réalisateur et les acteurs il faut vraiment que j’aille le voir 🙂

  3. 5 décembre 2012 18:17

    Pas trop tenté mais je le verrai sans doute en vidéo plus tard. Au moins pour Keira.

  4. 6 décembre 2012 07:52

    Le casting fait en effet envie, cependant Keira Knigthley est un aimant. On est attiré ou repoussé, pas de demi mesure ; et pour ma part c’est plutôt la deuxième catégorie… (Ton article est très bien écrit !)

    • 6 décembre 2012 18:24

      Merci pour ce commentaire ( et le compliment). Tout à fait d’accord sur Keira ! Elle ne laisse personne indifférent : soit on l’adore, soit on ne l’aime pas, ou on ne comprend pas son succès… Personnellement, je trouve son jeu plutôt inégal.

  5. 6 décembre 2012 11:02

    Ton article me donne envie d’aller découvrir ce qui se cacher derrière cette adaptation. J’avais été plus que déçue par l’adaptation d’Orgueil et Préjugés qui pour moi ne rend absolument pas honneur à l’ouvre de Jane Austen, mais n’ayant pas lu Anna Karénine, j’ai bon espoir que ce film me plaise et me donne envie de découvrir le livre par la suite. Peut-être dans cet ordre là serai-je moins sévère dans ma critique… Wait&See…

    • 6 décembre 2012 18:30

      Merci pour le commentaire. Oui , quand j’ai remarqué que lorsqu’on n’a pas lu le livre, le regard sur l’oeuvre est neuf, on n’a aucune attente, on n’a rien imaginé ! Orgueil et Préjugés : idem, déception(je l’ai vu en Grande-Bretagne à sa sortie et d’autres personnes avaient un air déçu à la sortie… J’ai revu le film à la télévision et je l’ai trouvé mieux qu’à sa sortie, peut-être me suis-je adoucie.) Ne pas hésiter à revenir ici pour continuer la discussion !

  6. 6 décembre 2012 18:11

    Je vais tenter d’aller le voir demain. Ta critique amène une grande curiosité autour du film je trouve .. pressée de me faire mon propre avis !

    • 6 décembre 2012 18:34

      Bonjour Zeewie, Tant mieux si ma critique donne envie de voir le film. Hâte d’avoir ton avis. Si tu veux voir une magnifique adaptation, je te conseille TESS de Polanski qui ressort en version restaurée (mais,hélas, dans peu de salles. en revanche, le DVD est sorti hier partout en France.) Il y a aussi les Hauts de Hurlevent qui sort sur nos écrans cette semaine, mais je n’ai pas vu cette version.

  7. 14 décembre 2012 11:09

    Tout d’accord avec toi ! J’ai fait un article, bien moins développé sur mon blog. Je n’ai pas aimé le côté théâtre que j’ai trouvé sans intérêt, trop tape-à-l’oeil.
    Jude Law est en effet superbe ! Keira Knightley m’a prodigieusement agacée : comme tu le dis, pourquoi cette hystérie ? Et l’acteur qui joue Vronsky, même combat : trop godelureau, pas assez officier russe.
    Pour ma part, ce film manque de de corps, d’épaisseur. Dommage.

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